L’interprétation que Simone Weil propose du drame Sophocléen souligne la dimension du malheur selon laquelle les vaincus et les vainqueurs se retrouvent sur le même plan. « Malheur, est un mot admirable; sans équivalents dans les autres langues » qui représente la grande énigme de la vie humaine; Weil relève qu’on ne s’étonne pas que des innocents soient tués, torturés, chassés de leur pays, réduits en esclavage, enfermés dans des camps de concentration ou en prison, du moment qu’il existe des criminels capables d’accomplir de telles actions […] mais l’on s’étonne que Dieu ait donné au malheur le pouvoir d’attraper l’âme des innocents et de s’en approprier comme d’un patron absolu. Un tel pouvoir du malheur est entièrement compréhensible à travers la catégorie de « Décréation », typique du langage weilien, selon laquelle Dieu, Créant, aurait laissé un espace vide dans lequel Lui-même est impuissant et où, d’une certaine manière, le malheur opère. Une dimension énigmatique et indéfinissable sur le plan conceptuel et qui ne peut, à la fin, être comprise qu’en accueillant ce mouvement décréatif comme étant un acte d’amour. Une telle réponse, c’est en cela que réside le trait caractérisant la lecture weilienne du drame de Sophocle, est retrouvée précisément dans l’opposition d’Antigone à la décision du roi : cette même opposition ne serait pas seulement une critique aux lois en vigueur, mais bien le « changement de route » demandé à l’homme en réponse à l’acte créatif de Dieu et qui correspond justement au mouvement décréatif. La volonté de descende d’Antigone est l’image symbolique de l’union d’amour entre Dieu et la terre : c’est la réponse à l’acte d’amour représenté par la création et c’est l’explication de la dimension du malheur. Antigone et Créonte sont pour Simone Weil les images symboliques de deux différentes positions par rapport au malheur. Ils sont tous deux victimes d’une telle dimension, mais le malheur du roi, contrairement à celui d’Antigone, est sans appel. L’héroine, malgré les peines, « tient bon et ne se laisse jamais dégrader par le malheur », alors que le roi « qui savait si bien parler en chef s’effondre anéanti par le chagrin ».

Antigone

MARIANELLI, Massimiliano
2009-01-01

Abstract

L’interprétation que Simone Weil propose du drame Sophocléen souligne la dimension du malheur selon laquelle les vaincus et les vainqueurs se retrouvent sur le même plan. « Malheur, est un mot admirable; sans équivalents dans les autres langues » qui représente la grande énigme de la vie humaine; Weil relève qu’on ne s’étonne pas que des innocents soient tués, torturés, chassés de leur pays, réduits en esclavage, enfermés dans des camps de concentration ou en prison, du moment qu’il existe des criminels capables d’accomplir de telles actions […] mais l’on s’étonne que Dieu ait donné au malheur le pouvoir d’attraper l’âme des innocents et de s’en approprier comme d’un patron absolu. Un tel pouvoir du malheur est entièrement compréhensible à travers la catégorie de « Décréation », typique du langage weilien, selon laquelle Dieu, Créant, aurait laissé un espace vide dans lequel Lui-même est impuissant et où, d’une certaine manière, le malheur opère. Une dimension énigmatique et indéfinissable sur le plan conceptuel et qui ne peut, à la fin, être comprise qu’en accueillant ce mouvement décréatif comme étant un acte d’amour. Une telle réponse, c’est en cela que réside le trait caractérisant la lecture weilienne du drame de Sophocle, est retrouvée précisément dans l’opposition d’Antigone à la décision du roi : cette même opposition ne serait pas seulement une critique aux lois en vigueur, mais bien le « changement de route » demandé à l’homme en réponse à l’acte créatif de Dieu et qui correspond justement au mouvement décréatif. La volonté de descende d’Antigone est l’image symbolique de l’union d’amour entre Dieu et la terre : c’est la réponse à l’acte d’amour représenté par la création et c’est l’explication de la dimension du malheur. Antigone et Créonte sont pour Simone Weil les images symboliques de deux différentes positions par rapport au malheur. Ils sont tous deux victimes d’une telle dimension, mais le malheur du roi, contrairement à celui d’Antigone, est sans appel. L’héroine, malgré les peines, « tient bon et ne se laisse jamais dégrader par le malheur », alors que le roi « qui savait si bien parler en chef s’effondre anéanti par le chagrin ».
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